Marie-Louise (épisode 1 : de Montenoison à Paris)

Montenoison

Le 4 janvier 1873 à Montenoison, dans la Nièvre, nait Marie, premier enfant de Jean dit Louis WILFRID et de Marie VALLOT, mariés tout juste un an plus tôt. La famille n’habite pas au bourg de Montenoison mais dans le « village » de Noison qui en dépend. Noison tient cette appellation de « village » de son importance en termes de population notamment, afin de le différencier des autres hameaux de la commune : en 1881 par exemple deux fois plus d’habitants vivent à Noison qu’au bourg. En avril 1875 la famille s’élargit et accueille une autre petite fille, Victorine (Victoire à l’état civil). Marie elle-même est appelée Marie-Louise comme en témoignent les prénoms indiqués sur les recensements et plus tard sa signature au bas de son acte de mariage. Las, le 13 juin 1875, quelques mois après la naissance de Victorine, Jean dit Louis, le père, s’éteind à son domicile. Il n’avait que 31 ans. Marie-Louise et Victorine grandissent donc seules avec leur mère qui ne se remarie pas et élève ses filles tout en exerçant en parallèle la profession de couturière. A Noison la famille n’est toutefois pas isolée, plusieurs parents des jeunes filles, tant côté paternel que maternel vivent également dans ce village et l’on peut donc légitimement penser qu’elles ont pu bénéficier des secours nécessaires.

La vie suit son cours et à 18 ans, le 7 septembre 1891, Marie-Louise épouse à Montenoison un certain Joseph RENAULT, après deux publications de mariage les 16 et 23 août précédents. Joseph est un peu plus âgé que Marie-Louise, il est né en 1865 et a donc 26 ans au moment du mariage. Les époux se connaissent probablement de longue date car ils sont tous deux originaires de Noison même si Joseph a ponctuellement quitté le village pour trouver du travail comme domestique dans les environs.

signatures mariages Wilfrid-Renault

Etait-ce un projet de longue date pour Joseph ou une décision prise consécutivement à son mariage afin d’améliorer autant que possible le niveau de vie de sa nouvelle famille dans la perspective d’accueillir bientôt des enfants, toujours est-il qu’en mai 1892, Joseph quitte Montenoison pour « monter » à Paris – ce sera définitif – et s’installer dans le 19e arrondissement au 9 rue Tally-Tollendal. A cette date, Marie-Louise est déjà enceinte et il n’est donc pas certain qu’elle accompagne Joseph afin d’éviter les désagréments du trajet et surtout l’installation dans un environnement inconnu. C’est en tout cas à Noison, probablement au domicile de sa mère, que Marie-Louise accouche le 7 août 1892 d’un petit garçon prénommé Abel. Joseph n’a pas pu arriver à temps et ce n’est pas lui qui fait la déclaration de naissance à la mairie. De plus, peu de temps après Joseph est appelé pour accomplir une période d’exercices au 85e régiment d’infanterie du 22 août au 18 septembre 1892. Espérons qu’à cette occasion il ait pu passer par Noison…

Marie-Louise aura finalement rejoint Joseph à Paris et la famille déménage en juillet 1893 pour s’installer au 224 rue du Faubourg Saint-Martin dans le 10e arrondissement. C’est là qu’elle donne naissance à des jumelles, Hermance et Marie, le 15 octobre 1894, les derniers enfants du couple. A cette même époque, Joseph change de profession et devient cocher, un emploi sans doute plus stable et rémunérateur que celui de domestique.

Toutefois, le mariage de Marie-Louise et Joseph vacille et si l’harmonie a jamais régné au sein de leur couple, au cours des premiers temps du mariage lorsque les époux apprennent à se connaitre, ce n’est plus qu’un vain mot à l’orée du nouveau siècle. Il ne se sera pas écoulé 10 ans de mariage avant que pour des raisons que j’ignore les époux ne s’éloignent l’un de l’autre. Si le fils ainé Abel est alors déjà précocement décédé, bien que je n’aie jamais retrouvé son acte de décès à ce jour, les jumelles Hermance et Marie doivent endurer l’éclatement de leur foyer familial, alors qu’elles n’ont que 5 ans environ.

rue pajol

Le 14 juillet 1900, jour de fête nationale, est aussi jour de repos pour Joseph. Mais il ne va pas le rester car le commissaire de police du quartier de La Chapelle se rend ce jour-là au 42 de la rue Pajol, 18e arrondissement, au domicile conjugal. Il ne s’agit pas d’une visite de courtoisie car sans que Joseph ne s’en doute Marie-Louise a déposé plainte contre lui et le commissaire, une fois arrivé sur place, trouve exactement ce qu’il devait trouver et qui lui permet de dresser un procès-verbal constatant le flagrant délit. En effet, le commissaire n’a pas trouvé Joseph seul dans l’appartement (ou avec ses filles). Ce dernier était en compagnie d’une jeune femme de 12 ans sa cadette et dont le commissaire a relevé avec application l’identité : Lucie MARCHAND, célibataire, âgée de 23 ans, journalière et née à Nogent-en-Bassigny dans la Haute-Marne le 10 juillet 1877 de Félix Louis Casimir et de Amélie NANCEY. A l’état civil seulement, car dans les faits, Joseph et Lucie vivent en concubinage depuis plusieurs années, c’est un secret de polichinelle. Mais Joseph est marié à Marie-Louise et les faits ont lieu au domicile conjugal. Une fois l’affaire instruite, l’audience publique est fixée au samedi 11 août 1900. Ce jour-là, Joseph et Lucie comparaissent libres devant la 9e chambre du Tribunal de police correctionnelle du département de la Seine. Joseph est reconnu coupable d’avoir, depuis moins de 3 ans, entretenu une concubine dans la maison conjugale, un délit prévu et puni par l’article 339 du code pénal. Cet article est également applicable à Lucie MARCHAND qui est reconnue complice du délit d’entretien de concubine dans la maison conjugale commis par Joseph, en vivant maritalement avec lui bien que sachant qu’il était marié. Leur peine est toutefois modérée par l’application de l’article 163 du code pénal en raison des circonstances atténuantes bien que le jugement ne précise pas la raison qui prévaut à leur application. Le Tribunal condamne donc Joseph et Lucie au paiement d’une amende de 25 francs.

La suite des évènements parait un peu erratique. Dans la foulée du jugement du 11 août 1900, accablant pour Joseph, Marie-Louise eut pu demander le divorce et à n’en pas douter l’obtenir, se trouvant ainsi définitivement libérée de tout lien avec Joseph. Toutefois ce n’est pas ce qu’elle fait dans l’immédiat. A tout le moins les époux vivent désormais officiellement séparément, Marie-Louise s’étant installée au 11 rue Duvergier dans le 19e arrondissement. Ce n’est donc que près de 5 ans plus tard, le 9 mars 1905, qu’est enfin prononcé le divorce des époux RENAULT par jugement du Tribunal civil de la Seine, à la requête et au profit de Marie-Louise. Comme prévu les charges qui pèsent sur Joseph découlent directement du jugement intervenu en 1900. Le Tribunal confie également la garde des filles jumelles du couple à Marie-Louise et autorise Joseph à les visiter une fois par mois le dimanche d’une heure à cinq heures. Enfin, le Tribunal condamne Joseph à payer à Marie-Louise une pension alimentaire mensuelle de 60 francs payable par mois et d’avance à partir du 6 janvier 1905 jusqu’à la majorité ou au décès du dernier enfant.

La justice a parlé et nous pouvons laisser retomber le rideau sur la vie de Marie-Louise, après l’avoir accompagnée de sa naissance à 1905. Entretemps, sans aucun doute Marie-Louise a-t-elle appris en 1895 la mort en pleine jeunesse, à 20 ans, de sa sœur Victorine, au pays natal, à Montenoison. Mais pour l’heure, elle a retrouvé son indépendance et peut songer presque sereinement – après un mariage raté – à l’avenir, aux côtés d’Hermance et Marie, ses filles.

A suivre dimanche prochain…

*****

Marie-Louise WILFRID était la cousine germaine de mon arrière grand-père Emile MABIRE.

*****

La carte postale de Montenoison qui illustre l’article provient de Geneanet et a été publiée par « cochat »  sous la licence CC BY-NC-SA 2.0 FR.

Une réflexion sur “Marie-Louise (épisode 1 : de Montenoison à Paris)

  1. Pingback: Marie-Louise (épisode 2 : de mère non dénommée) | Ancêtres, vos papiers !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s